15 avril 2007
Sept ans.
Il m'aura fallut sept longues années pour que je parte enfin au Japon. Quel rêve se réalisait alors. Imaginez, un jeune lycéen sans le sous décrète qu'il ira au Japon pour marquer la fin de
l'école. Quinze ans, l'âge des projets ! Combien sont ceux qui vont au bout de leurs rêves d'adolescents ? Évidement plusieurs amies chérissaient ce même rêve, et avaient d'ailleurs décrétée que
nous partirions tous ensemble. Sept ans plus tard, je me tenais bel et bien seul avec un billet, pourtant beaucoup doutaient que je ne parte un jour. Je le confesse, j'ai la mauvaise tendance à
débuter 150 projets en même temps, et à rarement les finir. Vous pensez bien qu'après 7 ans à rabâcher qu'un jour je partirai... D'autant plus que j'avais repoussé mon voyage
deux années de suite . Peur de l'inconnu ? Probablement.
Toutefois, mon rêve était tenace. Après avoir passé un mois de janvier 2007 bien sombre, il me fallait à tout prix réaliser ce rêve, et vivre, surtout vivre. Je me suis décidé à partir sur
Paris un petit matin, pour prendre un billet, direction ? Tokyo ! En sortant de l'agence spécialisée mon billet à la main, je crois que j'étais totalement ailleurs. Mon premier réflexe fut
d'appeler ma meilleure amie juste pour lui dire : "Je l'ai, et j'emmerde tous ceux qui n'y croyaient pas !"
15 avril 2007, une date incroyable. Je ne peux pas vous décrire la sensation lorsque l'avion s'est posé à Narita.
Mon sac à dos récupéré, je plongeais dans la chaleur de extérieure. Après avoir bravé la douane moscovite à l'escale, après avoir prié 14 heures durant pour que l'avion arrive à bon port, après 7
ans d'attente, j'étais enfin arrivé. Il n'y a pas de mot pour décrire ce moment, pas de mot pour décrire les 45 minutes de train qui m'emmenait vers la capitale et l'auberge de jeunesse, seule
chose réellement prévue au départ.
Je n'avais pas 22 ans, et je me retrouvais seul à l'autre bout du monde, armé en tout et pour tout de 6 kilos de fringues et guides de poches, de 6 mois de cours de Japonais niveau maternel
moins deux, et d'un anglais plus que moyen. Je réalisais un rêve fait alors que j'avais 15 ans, et ce qui est certain, c'est que même mes bagages posés sur mon lit je ne réalisais pas !
C'est un peu ça le Japon. C'est une sorte d'endroit mystique où l'on ne percute pas ce qui nous arrive. Aux premiers abords, la vie y semble la même que chez nous, du moins si on excepte la
conduite à gauche. Technologie, urbanisme, non, au début on ne réalise pas, puis ça vient d'un coup. Comme dans ce vieux gag du boomerang qui vous frappe la nuque, d'un coup votre esprit a
compris. Putain je suis à l'autre bout du monde, et je réalise mon rêve. C'est ce que j'appelle l'effet Waaahooo. Vous apercevez un détail, un son, une odeur, un truc infime déjà vu dans un
obscur documentaire d'Arte, ou d'un vieux manga, et tout votre esprit percute.
Subitement il faut tout voir, tout faire, vivre à la japonaise, et courir à l'occidentale. Passage clouté, feux pour piétons où 350 personnes attendent sagement le petit bonhomme bleu alors
qu'aucun véhicule ne pointent à l'horizon ? Pas le temps d'attendre. Pourtant, et si c'était ça la vie au Japon ? Alors on attend, et parfois submergé par notre soif de rêveur intrépide, on
attend plus et l'on court, pour arriver au premier temple.
J'avais élut domicile à Kuramae, au Nord-Est du centre de Tokyo, tout prés d'Asakusa et de son temple où il semble que trois milliards de japonais au mètre carré se pressent. Quel choc ! Comment
peuvent-ils attendre sagement au feu, puis se ruer ainsi au temple. Vous avez l'impression que la démarche est lente, mais en même temps que tout va très vite. Vos yeux sont grand ouvert sur les
premières boutiques de souvenir menant au Senso-Ji et sur cette grande porte, mais la foule vous pousse vers l'avant...
Après 3 heures de bain de foule, fatigué par le décalage autant que par l'émotion, je me suis dirigé vers le parc de Ueno. Ce parc comporte entre autre un petit amphi à ciel à moitié ouvert où se
déroulait un petit festival de pop/rock japonaise. J'étais plus que fatigué, alors la musique des petits boys band à trentenaires me comblait.
J'y ai vu d'ailleurs quelques groupes sympa, je suis même reparti avec un cd, pour dire ! (Voir l'article suivant sur "In the Soup")
Plus de deux heures et demi de soupe plus tard, je partais à la recherche d'une vraie nourriture. Miracle, je me rendis compte que manger dans un resto au Japon est une chose fabuleuse en cela
que ça ne coûte trois fois rien. L'habile étudiant sans le sous que j'étais trouva donc un petit coin pour avaler des nouilles; Derrière son comptoir, le pauvre vendeur ne parlait pas un mot
d'anglais et s'évertuait à me faire comprendre quelque chose que bien évidemment je ne comprenais pas. Ce qu'il tentait de me dire en fait, c'est qu'il fallait commander depuis l'extérieur, sur
une machine, appuyer sur un bouton avec une photo du plat voulu, pour récupérer un ticket que l'on donnait ensuite au monsieur... Le Japon me faisait subitement penser à l'administration
française, allez savoir pourquoi !
Autre découverte de taille, on me servait des nouilles...froides. Eh oui, j'avais commis l'irréparable erreur de commander des sobas. Je ne m'attendais pas à ça, et si je trouve ça très bon
maintenant, mon estomac n'était pas du même avis à l'époque !
Fort de mon cruel apprentissage, je décidais enfin de rentrer à l'auberge... Cependant une question m'occupait l'esprit... Merde, où est-ce ? Et où suis-je ? Une des autres particularité du
Japon, c'est d'avoir l'urbanisme le plus chaotique du monde ! Enfin c'est ce qu'il m'a semblé à 22h30, sans sommeil depuis Paris, prés de 40 heures plus tôt. En fait, les japonais n'ont pas de
nom à toutes les rues, et les adresses se composent souvent d'un numéro, et d'un Chome, c'est à dire d'un quartier. Seulement les numéros sont attribués en fonction de la date de construction du
bâtiment, ou de celui qui vient d'être démolit quelques jours plus tôt. Tant est si bien que le 7 côtoie le 49 qui côtoie le 123. Sans un bon sens de l'orientation, ou d'un plan et d'une
boussole, s'orienter à Tokyo n'est pas simple. Je pris donc une direction, du type "Bon ça doit être par là" quand, au croisement d'une rue, j'entendis une voix féminine qui chantait un air
entrainant.
Ni une ni deux, je me dirigeais vers le petit bar d'où venait le son. C'est bien connu, dormir, c'est un truc de faible ! Je n'avais pas poireauté sept ans et bravé 14 heures d'avion sur
l'Aeroflot (compagnie Russe) pour aller me coucher ! J'entrais donc, et, merveille des merveilles, une jeune femme sublime chantait un rock très sympa.
Je comprend vite que si je veux profiter du charme de la musique, il me faudra commander une bière. Après avoir 5 fois tenté de commandé une Asahi (parmi les moins chères, mais je l'aime bien moi
cette petite bière jap'), dans un japonais que le barman refusait de comprendre, je changea mon "Asahi o kûdasaï", par un subtil "8.6 okudasaï". Bizarrement le barman comprend en une seule fois
(la 8.6 coûte le double !), et m'explique qu'il me fait payer en plus une com' de 3/400 yen ( environ 2/3 euros) pour la musique.
Je retourne donc me poser sur un tabouret de bar, prés d'un mur muni de petites tables pour poser son verre. Je suis d'autant plus heureux qu'à ma droite est assise une autre jolie japonaise, qui
se balade avec un étuit à gratte, et non pas sur son physique mais sur ce qu'elle dégage me fait penser à Nana (du manga du même nom). Ensorcelé par ce mélange, je renverse la moitié de ma bière
alors que je tente de la poser sur la table sans quitter des yeux la chanteuse à la voix superbe. Pourtant je ne pousse pas de juron, j'ai l'impression de vivre dans un manga, même ma bière à
moitié renversée sur mes genoux, je suis heureux, je n'ai plus de soucis, je... Et merde. Ma muse s'arrête de jouer, et range ses affaires.
Trois types s'avancent, ils vont manifestement la remplacer. Le batteur sorte de winnie l'ourson à sourire niais, le bassiste ressemble à un bon nounours, et le chanteur... Le chanteur semble
plus bourré qu'un breton à la fin du festival inter celtique... bref les types se retournent sur moi, seul blanc dans la salle, ils me demandent d'où je viens et dans un mauvais japonais je leur
répond "watashi wa furansu jin dess". Le type me comprend par miracle...
S'ensuit quelques blagues à l'assemblée, je suppose sur la France ou leur avenir prochain de devenir un groupe international alors que je sors ma caméra...
Ne sachant sur quoi j'allais tomber il me fallait filmer, j'étais certain de tomber sur un grand moment, QUE DIS-JE ? Sur un morceau d'anthologie de la musique nippone... Je ne connais pas le nom
du groupe, je n'ai jamais retrouvé le bar, mais cela vaut son pesant de pocky ! Si quelqu’un peut me traduire ce que me raconte le type d'ailleurs, j'en serais ravis, j'ai toujours été curieux !
(Pour les amateurs de manga, oui sur la dernière image, il s'agit bien de l'entrée du Jackson Hole de Nana, mais ce n'est pas au Jackson que j'ai passé cette soirée.)